COMMENT RESTAURE-T-ON UN PIANO ?

La tâche du restaurateur est de redonner vie à l'instrument en s'attachant à honorer le travail du facteur qui l'a construit en respectant toutes les règles de l'art afin de rendre au piano toutes ses qualités musicales et esthétiques.

Matériellement parlant, il n'y pas véritablement de différence entre restaurer un piano à queue ou un piano droit, à l'exception de la mécanique horizontale du piano à queue qui nécessite quelques réglages supplémentaires avec son double échappement ainsi qu'une légère différence de prix des pièces.

Une fois la restauration effectuée, il ne faudra pas considérer son instrument comme un meuble sans vie, mais le jouer afin de faire fonctionner régulièrement toutes les pièces de la mécanique fonctionnant sur le principe du levier et surtout de respecter certaines règles d'entretien.

LA PARTIE HARMONIQUE 

Lorsque  des fentes sont apparues dans le bois de la table d'harmonie, il faut rendre à la table ses capacités de propagation du son.

L'opération consiste à flipoter les fentes ouvertes des fils du bois.

Un outil spécial permet d'ouvrir la table afin de coller le flipot.

Le flipot est une pièce de bois de même essence que la table d'harmonie, coupé en biseau, d'une épaisseur de 3mm et d'une largeur correspondant à l'épaisseur de la table. Le flipotage est un travail délicat car le bois de la table est souvent très sec et la fente ouverte rarement rectiligne. Le plus beau flipot est celui qui ne se voit pas, se confond avec le fil véritable du bois de la table. De même les bouts des flipots doivent être parfaitement arrêtés et sans traces de colle.

La table est ensuite grattée et poncée pour enlever son ancien vernis. Le vernis de la table sert à protéger le bois de toute agression externe mais celle-ci ne doit pas être imbibée sinon ces capacités accoustiques en seraient amoindries.

Le vernis est passé soit au pinceau à la main, soit au pistolet électrique, le résultat final doit être parfaitement lisse et translucide.

Noter que le flipotage peut s'effectuer sans un revernissage complet de la table, suivant le devis de restauration. En effet, ce vernissage comprend de nombreuses opérations qui allonge le temps de travail donc le coût du devis.

C'est une affaire de choix. Les flipots n'auront jamais la même teinte et offriront à l'oeil de larges traces inésthétiques sans rapport avec la teinte d'origine de la table.

La marque du piano est decalcomaniée d'origine sur le bois de la table et le vernis passé par dessus. Ce "logo" doit être conservée en cas de revernissage de la table car elle atteste de sa construction.

Le sommier des chevilles est, la plupart du temps, réalésé au diamètre des nouvelles chevilles afin de rendre la tenue d'accord des chevilles homogène.

Le perçage se fera à vitesse lente afin de ne pas surchauffer la colle des différentes couches de bois qui forment le sommier ce qui risquerait de rendre l'accord du piano difficile en faisant tourner les chevilles par accoup.

Si le sommier présente de fentes en travers des trous des chevilles ou bien si ceux-ci sont ovalisés d'une manière trop importante, le sommier devra être impérativement remplacé

 

Le cadre en fonte sera poncé, mastiqué si besoin, puis doré et verni, les marques surlignées aux couleurs d'origines.  Sa position sur la table sera vérifiée afin qu'il soit bien calé sur ses plots, sans aucun ballant, et fortement serré.

La charge de la table sera contrôlée afin que les cordes appuient normalement sur l'ensemble des chevalets pour garantir une bonne sonorité.

Les garnitures en feutre du cadre seront nécessairement remplacées.

Aucun feutre ancien ne doit être réutiliser car la pression des cordes pourrait les couper.

Les cordes en acier sont remplacées car elles ne supportent pas efficacement la détension et sont la plupart du temps oxydées, diminuant ainsi leur qualités.

Les bouclettes qui tiennent les cordes seront symétriques et bien serrées, montrant ainsi une attention particulière à la finition.

Les cordes basses filées en cuivre supportent facilement la détension étant peu tendues.

Dès lors elles ne seront changées que si leur sonorité est amoindrie par l'oxydation ou carrément la rouille.

Par contre si un nombre important de cordes est manquant ou inaudible, il sera nécessaire de changer le jeu complet car même à l'identique, des cordes basses neuves ne suivront pas l'homogénéité des anciennes.

LA MÉCANIQUE

Cette opération consiste à regarnir systématiquement tous les feutres usés à plus de 50 % en les remplaçant par des feutres neufs exactement identiques à ceux d'origine.

Les feutres assurent le positionnement de toutes ces pièces ainsi que leur capacité à fonctionner sans bruit. Il est donc impératif que ces feutres soient en parfait état, sans usure importante qui rendrait le réglage du touché irrégulier.

Les feutres des têtes des marteaux seront regarnis d'une nouvelle couche de laine très dense, collée et agrafée. Parfois les têtes complètes seront remplacés par des modernes sur des pianos assez récents.

C'est une hérésie de mettre des têtes de marteaux de pianos modernes sur des pianos d'avant-guerre. Ceux-ci étant fabriqués en fonction de la mode actuel et de la conception des pianos modernes, leur densité plus dure entraînera automatiquement un changement de sonorité du piano, le rendant quelque peu métallique.

Les queues des âmes en bois des têtes seront limés pour être bien attrapées par l'attrape pour faciliter la répétition de la mécanique.

Les axes des manches de marteaux seront vérifiés afin qu'ils n'aient pas de jeu latéral qui puisse entraîner du bruit lors de la frappe. L'axe doit être parfaitement libre pour assurer le mouvement de balancier sans le freiner de quelque manière que ce soit.

Les chevalets seront graphités, les étouffoirs entièrement regarnis, les ressorts seront soit changés soit bandés, toutes les pièces équerrées et leur vis serrées.

pivot (ou axe) d'un bras de chevalet (piano à queue)

La mécanique d'étouffoirs des pianos à queue entièrement révisée, les têtes en bois vernies nettoyées, les tiges désoxydées, les galeries d'étouffoirs regarnies pour assurer un bon coulissement lors de la montée de l'étouffoir.

LA RESTAURATION DU CLAVIER 

Cette opération consiste à rectifier l'équerrage des touches les unes par rapport aux autres en dégauchissant les touches gauchies.

Le revêtement en ivoire sera poncé au grain très fin et à l'eau pour éliminer la couche d'ivoire jaunie, puis ensuite blanchi pour retrouver son aspect esthétique d'origine et enfin poli pour son effet brillant.

Les dièses en ébène seront nettoyées et polies.  Les joues des touches seront poncées pour être parfaitement propre. Les pointes de balancier et d'enfoncement seront désoxydées pour assurer un bon mouvement sans bruits parasites.

Les feutres des mortaises d'enfoncement et balancier des touches ainsi que les mouches en feutres du chassis de clavier seront remplacés aux bonnes mesures ainsi que le bourrelet de repos des touches.

Les peaux et feutres des attrapes des clavier de pianos à queue seront remplacés pour assurer un bon blocage de la queue du marteau.

Le clavier en ivoire de ce piano STEINWAY est quelque peu jauni !

 

 LE RÉGLAGE DE LA MÉCANIQUE

Le réglage consiste à régler au millimètre près toutes les pièces du mécanisme, au niveau de l'échappement du marteau, du rattrapage du marteau, du soulèvement de l'étouffoir, de la répétition, du niveau d'enfoncement de la touche et surtout du poids d'enfoncement.

Le réglage de la mécanique du piano requiert de la patience, de l'expérience, et le respect de l'instrument. Cette opération peu prendre plus de 10 heures de travail minutieux.

Un réglage bâclé amoindrira vraiment les capacités musicales du piano et dérangera le pianiste dans son doigté car la répétition sera difficile et le touché inégal.

Il faut ensuite effectuer l'égalisation des marteaux (le frappé) pour que le point de frappe du marteau percute bien les 3 cordes de la note en même temps et soit bien centré sur celles-ci..

Vient ensuite l'harmonisation du timbre des marteaux afin d'obtenir un équilibre sonore de l'ensemble du registre du clavier. Cette opération est très importante et délicate et doit être effectuée avec le plus grand soin par un spécialiste.

Cela consiste à homogénéiser la densité du feutre des marteaux à l'aide un outil spécial composé de 3 aiguilles fines avec lequel on "pique" plus ou moins fortement le feutre du marteau afin d'obtenir une parfaite égalité entre chaque note. Le marteau un fois piqué doit être égalisé à l'aide d'une cale de ponçage afin que le frappé soit parfait. 

  



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